Pour un lexique politique de la Renaissance : la situation linguistique italienne au début du XVIe siècle

Cet article voudrait mettre en évidence la situation difficile dans laquelle la langue nationale italienne encore fragile (et convenant uniquement à la poésie lyrique et à la prose d’art) se trouva lorsqu’il s’agit d’exprimer les réalités politiques nouvelles en Italie et en Europe dans le premier X...

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Main Author: Mario Pozzi
Format: Article
Language:fra
Published: École Normale Supérieure de Lyon Editions 2007-11-01
Series:Laboratoire Italien
Online Access:https://journals.openedition.org/laboratoireitalien/130
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description Cet article voudrait mettre en évidence la situation difficile dans laquelle la langue nationale italienne encore fragile (et convenant uniquement à la poésie lyrique et à la prose d’art) se trouva lorsqu’il s’agit d’exprimer les réalités politiques nouvelles en Italie et en Europe dans le premier XVIesiècle. La situation italienne était beaucoup plus complexe que la situation européenne: dans les nombreux petits États qui la composaient émergeaient des concepts qui n’étaient pas encore clairs et d’ailleurs, même pour ceux qui tendaient à devenir clairs, la façon de les exprimer ne l’était pas. Ceux qui écrivaient en latin finissaient inévitablement par occulter la réalité politique moderne. Du fait d’une série de coïncidences (qui ne sont pas forcément dues au hasard), Florence, au tournant des XVe et XVIesiècles, fut amenée à discuter de problèmes politiques concrets, avec une participation large de ses citoyens, et à le faire à l’aide d’une langue vivace. Ce fut alors une sorte de laboratoire pour la langue de la politique, où non seulement on discutait des problèmes politiques et militaires courants mais où on cherchait également à trouver une meilleure structure pour l’État. D’autres États italiens pouvaient se prévaloir d’une production de textes politiques de grande qualité: ainsi Venise, dont la diplomatie était fameuse et constituait un modèle remarquable et vainement imité. Les relations que ses ambassadeurs rédigeaient au terme de leur mission étaient célèbres et fort recherchées par les contemporains. Mais Venise était profondément différente de Florence. Sur la lagune, on n’observait pas la naissance d’une nouvelle pensée politique, on ne discutait pas de la forme de l’État, mais on acceptait celle, fort compliquée, qui venait de la tradition. Ainsi commença l’élaboration d’une langue adaptée à la politique qui, en un premier temps, n’avait certes pas une structure dans laquelle « tout se tient» et qui d’ailleurs, pendant longtemps, présenta lacunes et incertitudes. Dans ces conditions, « ficher» les termes en les séparant de leur contexte est encore plus dangereux que de coutume. Pour comprendre leur valeur réelle, il faut les maintenir dans leur contexte et reconstruire leur champ de signification en tenant compte des champs sémantiques proches (et de l’histoire du concept).
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