L’inscription du code de valeurs féodal dans la construction narrative de Vie de Saint-Louis
Deux éléments attirent tout de suite l’attention dans la construction narrative de Vie de Saint-Louis : (a) L’inscription de la vision du monde et du code de valeurs féodaux au niveau des invariants structurels et stylistiques du récit ; (b) Le conflit entre le code de valeurs féodal et la logique h...
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| Format: | Article |
| Language: | fra |
| Published: |
Laboratoire Interdisciplinaire Récits Cultures Et Sociétés
2005-04-01
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| Series: | Cahiers de Narratologie |
| Subjects: | |
| Online Access: | https://journals.openedition.org/narratologie/30 |
| Tags: |
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| Summary: | Deux éléments attirent tout de suite l’attention dans la construction narrative de Vie de Saint-Louis : (a) L’inscription de la vision du monde et du code de valeurs féodaux au niveau des invariants structurels et stylistiques du récit ; (b) Le conflit entre le code de valeurs féodal et la logique hagiographique du texte. (a) La vision du monde féodale, telle qu’elle se dégage du texte, repose pour l’essentiel sur la notion de continuité : continuité entre individus au sein du tissu générationnel et social, continuité entre royauté et christianisme, continuité entre subjectif et objectif, mythe et histoire, « réel » et « imaginaire ». Or, cette continuité se trouve métaphoriquement « exprimée » (au sens goodmanien du terme) par une série de procédés narratifs et stylistiques qui relèvent de la structure même du récit joinvillien, et non plus de son contenu thématique « de surface » : on peut citer par exemple l’emploi systématique de polysyndètes et d’une progression du type métonymique dans les descriptions du roi et de son entourage, le croisement persistant des mots « roy » et « croiz » dont la juxtaposition paronomastique ([rw] / [krw]) crée des effets de surdétermination assez visibles, ou encore le caractère récurrent dans le texte de l’image du tissu, qui constitue visiblement une mise en abyme métatextuelle. (b) Toutefois, cette apologie implicite des valeurs féodales entre visiblement en conflit avec la logique hagiographique du récit joinvillien. Tout d’abord, dans la mesure où ce dernier doit mettre en avant la figure du roi-saint, il doit montrer comment cette figure se détache de son entourage, ce qui est incompatible avec la représentation féodale du roi comme primus inter pares et génère une série d’ambiguïtés et de contradictions au niveau de la « mise en scène » narrative du parcours de Louis IX. Ensuite, le narrateur, visiblement très fier d’appartenir à la haute noblesse et d’avoir été proche du roi, ne se contente nullement de la posture humble d’un narrateur-témoin (posture qui eût été propice à son travail hagiographique) et tente sans cesse de se transformer en narrateur-héros. Il en résulte un « décentrement » narratif du texte assez visible par moments, la structure du récit joinvillien suggérant ainsi que le narrateur n’entend point s’effacer derrière son roi, mais bien plutôt se mettre sur le même plan que lui. |
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| ISSN: | 0993-8516 1765-307X |