La mort de Tupac Amaru, l’ultime cataclysme ?

L’exécution du jeune Inca Tupac Amaru en 1572 fut pour les Indiens du Pérou un véritable cataclysme. Il s’insérait dans un contexte particulier : celui de la vice-royauté du Pérou qui connaissait, depuis de longues années, une série de guerres et de complots. Au cœur de cet espace troublé, se trouva...

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Bibliographic Details
Main Author: Nejma Jalal-Kermele
Format: Article
Language:Spanish
Published: Civilisations et Littératures d’Espagne et d’Amérique du Moyen Âge aux Lumières (CLEA) - Paris Sorbonne 2012-06-01
Series:E-Spania
Subjects:
Online Access:https://journals.openedition.org/e-spania/21440
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Description
Summary:L’exécution du jeune Inca Tupac Amaru en 1572 fut pour les Indiens du Pérou un véritable cataclysme. Il s’insérait dans un contexte particulier : celui de la vice-royauté du Pérou qui connaissait, depuis de longues années, une série de guerres et de complots. Au cœur de cet espace troublé, se trouvait un royaume néo-inca que la Couronne espérait vaincre par une politique du compromis. Toledo, envoyé pour faire rentrer le Pérou dans un ordre nouveau, avait marqué, dès le début de son gouvernement, son opposition au régime de Vilcabamba dont la seule présence fragilisait la légitimité du pouvoir du roi de Castille aux Indes. C’était donc la question des Justes Titres qui préoccupait Toledo, décidé à lutter activement contre la pensée de Las Casas. La mort d’un messager, envoyé pour négocier avec l’Inca, servit de prétexte à une attaque de Vilcabamba qui permit l’arrestation du jeune Tupac Amaru que le vice-roi décida de condamner à mort, en dépit de sa conversion au catholicisme. L’exécution marqua pour les Indiens la fin d’un monde, la fin d’un espoir et apparut comme l’ultime catastrophe, une répétition de la mort de l’Inca et des Dieux. De nombreux récits rapportent la détresse infinie des Indiens et la désapprobation quasi générale des témoins. Nous voudrions proposer ici une rapide analyse des différentes lectures du cataclysme et tenter de montrer que, pour Toledo, il s’inséra dans une politique claire et assumée. Outre la question idéologique, le vice-roi s’appuya sur des arguments sécuritaires et fit finalement de Tupac Amaru non un prince mais un simple délinquant de droit commun. Cette réécriture de l’Histoire permit d’instaurer une nouvelle définition de la politique espagnole au Pérou mais le cataclysme marqua les esprits et Tupac Amaru, loin d’être oublié, devint un symbole qui traversa les siècles jusqu’à aujourd’hui.
ISSN:1951-6169